
Ni sa gestion de la crise économique ni sa prestation lors du premier face-à-face entre candidats à la présidence ne lui ont permis de distancer un Obama de plus en plus serein.
Au début du mois de septembre, John McCain avait le vent en poupe. Mais nous sommes en octobre, et le vent semble avoir tourné. Les gesticulations à haut risque du candidat républicain, qui espérait ainsi bousculer la campagne, se sont retournées contre lui. Et, lors du premier débat entre les prétendants à la Maison-Blanche qui a eu lieu le 26 septembre, il a raté l’occasion de porter un coup décisif à son adversaire, dont l’atout le plus important est peut-être sa capacité à se corriger de lui-même.
Théoriquement, la politique étrangère [qui constituait le sujet central de ce premier débat] est le domaine de prédilection de John McCain, et il aurait donc dû s’imposer. Pendant leurs campagnes respectives, il s’est souvent révélé être un meilleur débatteur qu’Obama, plus hésitant, plus verbeux et facile à déstabiliser. Mais le Barack Obama qui s’est présenté à l’université du Mississippi [lieu où s'est déroulé le débat du 26 septembre] s’est avéré plus incisif et plus concis qu’à son habitude. Il a également fait preuve d’un calme inébranlable, face à un McCain dont la condescendance est l’élément qui a le plus alimenté les discussions à l’issue du face-à-face. Si ses soupirs pendant les débats de la campagne électorale de l’an 2000 avaient coûté cher au candidat démocrate Al Gore, McCain restera dans les mémoires pour avoir répété avec mépris sept variantes de : “Le sénateur Obama ne comprend pas.”
Voilà pourquoi le long développement d’Obama sur l’avis “erroné” de McCain concernant la guerre en Irak a pris tant de force. Face au dédain affiché par le candidat républicain pour son rival démocrate, on ne pouvait que repenser à l’arrogance avec laquelle les partisans de la guerre ont ignoré ceux qui (à juste titre) annonçaient que le conflit serait beaucoup plus complexe et plus coûteux que ce que prétendaient ses concepteurs. L’approche moqueuse de McCain explique en partie pourquoi les sondages ont aussitôt donné l’avantage à Obama, à l’issue d’un débat considéré comme un match nul par la plupart des experts.
Et, même si le débat s’est effectivement conclu par un match nul, il s’agit là d’un bénéfice net pour Obama. Car les questions de politique étrangère étaient l’occasion pour John McCain de renforcer les doutes que suscite son adversaire dans ce domaine. Une occasion désormais manquée.
C’est ainsi que se termine un mois qui avait pourtant si bien commencé pour McCain. En désignant Sarah Palin comme colistière à la fin du mois d’août, le candidat avait soulevé l’enthousiasme des républicains loyalistes, qu’il laissait jusqu’alors perplexes. Quelques-uns ont assuré que Palin lui permettrait de séduire l’électorat féminin et l’aiderait à se débarrasser de son image de candidat engagé dans une croisade non-conformiste. Mais ce choix s’est révélé bien imprudent. En effet, Sarah Palin a prouvé qu’elle était spectaculairement mal préparée à une campagne nationale, et elle est affligée d’une incapacité embarrassante à s’exprimer et à réfléchir. L’équipe de John McCain lui fait de moins en moins confiance et la garde désormais à l’abri des regards. Certains conservateurs ont même suggéré de l’écarter du ticket républicain.
John McCain a aussi fait irruption dans les négociations à Washington à propos du plan de sauvetage de Wall Street. Son appel tapageur à un report du premier débat a été rejeté par un Obama serein, et il a dû faire marche arrière. Dans ce bras de fer, le candidat aux vingt-six ans d’expérience parlementaire a plié face à un adversaire qui n’évolue sur la scène politique nationale que depuis quatre ans. Et, quand il est intervenu dans les discussions sur le projet de renflouement, ce fut pour adopter une position floue. Lui, le champion d’un système bipartisan, a un temps appuyé une minorité républicaine à la Chambre des représentants qui se démenait précisément afin de torpiller un accord entre les deux partis que la plupart de ses collègues républicains du Sénat approuvaient. Puis il s’est replié.
Tout cela a fait prendre à la campagne un tournant inattendu. John McCain, le candidat de l’expérience, doit maintenant lutter contre l’idée qu’il est synonyme de risque, qu’il est un homme susceptible de prendre des décisions précipitées en situation de crise. Barack Obama, dont la nouveauté même était symbole de changement, mais suscitait également des doutes, fait maintenant figure de candidat au sang froid, impassible, qui avance calmement mais sûrement. Quoi que l’on pense de ce premier débat, une chose est sûre, il n’a rien fait pour ralentir la progression du candidat démocrate.
E.J. Dionne Jr
The Washington Post
source : courier international
Source:
ELECTION AMÉRICAINE • McCain accumule les mauvais points

