L’Est Républicain s’est procuré le rapport des enquêteurs de Bercy sur les comptes bancaires du député de l’Essonne. Un mois après avoir été inquiété par la justice, il va devoir s’expliquer sur des flux financiers suspects. Téléchargez l’intégralité du rapport
http://www.estrepublicain.fr/static/rapport/document.pdf
Après avoir détecté et mis en relief des flux financiers douteux entre, d’un côté, les associations SOS Racisme et la Fidl et, d’autre part, Nathalie Fortis et Thomas Persuy, deux proches de Julien Dray, les fonctionnaires de Bercy ont saisi le parquet de Paris. Depuis près de trois ans, le montant des sorties suspectes des caisses de ces deux associations est estimé à plus de 350.000 euros, dont 94.000 euros en liquide.
Selon les investigations menées à partir des comptes bancaires des différents protagonistes, le député de l’Essonne aurait été destinataire de près de la moitié de ces sommes. Le reste aurait profité aux proches de l’ancien porte-parole de Ségolène Royal.
L’enquête préliminaire, ouverte pour « abus de confiance » et confiée depuis septembre à la brigade financière, aurait mis au jour une structure permettant le versement de fonds à des associations, ces fonds étant ensuite reversés à des intermédiaires qui se chargeaient d’en faire bénéficier Julien Dray pour une grande partie .
« Personne n’a volé un centime dans cette affaire », répète à l’envi son avocat, Me Lev Forster. Son client assure qu’il est en mesure d’expliquer « à plus de 80 % » ces flux financiers qualifiés de suspects depuis qu’ils ont été passés au peigne fin par Tracfin.
Les fonctionnaires de Bercy ont par ailleurs constaté que Julien Dray n’a effectué aucun retrait en espèces sur ces nombreux comptes bancaires ces dernières années. Et mis en évidence son côté « acheteur compulsif », rongé par sa dévorante passion pour les magasins de luxe et son goût certain pour les horlogers les plus réputés. « Cette affaire, jure-t-il, n’aurait jamais dû être confiée à la justice car ce n’est en rien une affaire pénale. C’est au mieux un dossier fiscal ».
Les explications de l’élu socialiste auront sans doute besoin d’être étoffées pour convaincre. En l’état, il n’est pas sûr que les enquêteurs partagent l’analyse du parlementaire dont certains de ses proches sont invités prochainement à se justifier.
L’autre aspect de ce dossier pointé par Tracfin concerne les chèques encaissés par l’élu provenant « de particuliers actifs dans la sphère socio-économique » pour un montant de 113.890 euros. Sans pour autant en tirer des conclusions, la cellule antiblanchiment note que parmi les signataires de ces chèques figurent des chefs d’entreprise qui ont leur siège dans l’Essonne ou qui ont obtenu des marchés publics octroyés par le Conseil régional d’Ile-de-France.
« C’est du délire et de la pure diffamation de laisser entendre qu’il y aurait un lien entre ces flux financiers », lâche le parlementaire avant d’annoncer qu’il rencontrera les militants de sa circonscription la semaine prochaine. « C’est à eux en premier lieu que je dois des éclaircissements ». Et peut-être à la justice à qui Julien Dray promet de démontrer qu’il n’a jamais « tapé dans la caisse ».
« Je m’expliquerai aussi sur mes dépenses faramineuses », ajoute-t-il. Et de donner en exemple une facture d’hôtel à Monaco de 6.000 euros. « J’étais allé en famille dans la Principauté pour assister à un tournoi de hockey sur glace auquel participait mon fils. Nous avions décidé de nous faire plaisir à cette occasion. Où est le crime ? ». Et de préciser que ses revenus, ajoutés à ceux de son épouse, sont de l’ordre de 15.000 euros, parfaitement compatibles, selon lui, avec son train de vie.
Les limiers de Bercy se seraient-ils alors fourvoyés en estimant dans leur rapport au parquet que « l’ensemble des opérations analysées suscite les interrogations de Tracfin quant à leur logique économique » ? A voir.
Seule certitude, en l’état actuel de l’enquête, ces mouvements de fonds, qualifiés de suspects, et le fonctionnement atypique des comptes bancaires de l’élu de l’Essonne, ne sont en aucun cas liés à un quelconque financement de campagnes électorales. Et ce, contrairement à certains commentateurs qui laissent volontiers entendre que Juju, comme on l’appelle au PS, aurait pu « pêcher » pour la bonne cause.

